Couleurs d'étoiles

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Clarifier l'huile - tests septembre 2012 - Conversations avec X. page 2a

(retour page 2 des tests)
 

10.9  Ci-après, je recopie en forme de dialogues, et avec son accord, mes échanges mails d'août 2012 avec G. biologiste et peintre, aussi amateur de lavage d'huile. Merci à lui, je crois que je commence à comprendre la chimie de la peinture à l'huile...  Pour bien suivre, il faudrait avoir lu le livre ou le site de Tad Spurgeon, mentionné par ailleurs. >

Question TL. une de mes questions de base: quel test non pro peut m'indiquer le taux de gommes et autres indésirables qui se trouve ou qui reste dans une huile donnée?
avant la procédure ou après clarification...
si la procédure de filtrage sur buvard qu'utilise l'huilerie Vigean suffit, je perd peut être bcp de temps et de sous à vouloir la clarifier plus avant?
s'il suffit de la laisser reposer un mois ou deux, j'opterais pour cette solution là alors

Réponse G. Aucun test non pro ne peut m'indiquer le taux de gommes et autres indésirables qui se trouve ou qui reste dans une huile donnée…(…) le lavage indiqué suffit à enlever le mucilage, mais il faut AUSSI laver même si le taux de mucilage de départ est supposé bas, pour enlever les antioxydants et donner du « corps » à l’huile.
Le TEMPS de plusieurs semaines est crucial dans cette étape, comme je l’ai rappelé à Tad dans son écrit. Tad voulait un lavage expéditif pour ses lecteurs pressés, oui OK c’est vrai, le mucilage peut être enlevé en deux jours.. mais les propriétés de séchage , de transparence et de non jaunissement s’acquièrent avec le TEMPS et la LUMIERE.
Dans le lavage, l’eau est cruciale : c’est elle qui confère l’oxygène à l’huile pour créer les premiers dimères…il faut donc beaucoup d’eau ; éviter celle du robinet si chlorée. Le sel a une double propriété : simplement mécanique il confère à l’eau salée une très grande densité ; l’eau salée se sépare plus facilement de l’huile que l’eau douce. Physique : l’eau salée ne peut pas « contenir » l’oxygène comme l’eau douce : cet oxygène est « poussé » par le sel vers l’huile, qui prendra corps plus vite. La procédure à l’eau salée est Top. Le sable (TL : « de la procédure de Tad ») ne sert à rien ; initialement prévu pour tomber au fond de la bouteille avec le mucilage, il ne fait que salir l’huile..même Tad l’admet.. Les autres constituants sont des essais faits ensemble lui et moi au cours de cette année… chacun doit tenter.
L’éthanol est ma dernière contribution dans ses  discussions : solvent universel, il est extraordinaire pour préparer l’enlèvement du mucilage le premier jour (sur un agitateur magnétique, je secoue toute la nuit) ; ensuite l’éthanol est enlevé et est remplacé par la technique eau-sel…>

Q. T. L. Que se passe-t-il quand je clarifie l’huile ?

R. G. Je ne connais pas votre niveau de « chimie » aussi je me permets d’être très basique, et simple sans être simpliste… dites-moi si mes analogies vous sont trop primaires… mais il vaut mieux savoir de quoi on parle puisque vous invoquez la série « for dummies » , très bien faite par ailleurs. Tout d’abord je vois dans un échange avec Tad que vous n’avez pas saisi certains concepts… Les voilà, car ils seront nécessaires ensuite. L’huile de lin est composée à 95 % de triglycérides et 5% de matière indésirable : le mucilage contenant des fibres et des substances qui nuisent au sèchage : par exemple la vitamine E, qui est un anti-oxydant naturel, donc un retardateur de séchage puisque celui-ci requiert l’oxygène.
Laver l’huile consiste donc à enlever ce mucilage indésirable qui par ailleurs jaunit avec le temps. Comme toute eau claire n’est pas forcément bonne a boire, toute huile claire n’est pas forcément bonne à peindre : même si votre huile est passé sur buvard, il reste des molécules « invisibles » comme cette vitamine E (« tocophérols ») qui passe a travers le buvard… donc il FAUT laver toute huile, même bio.
Je reviens sur les triglycérides : comme son nom l’indique c’est une grosse molécule constituée de 3 acides gras (par exemple acide linolénique) et d’une molécule de glycérol.
Imaginez une main à 3 doigts : le glycérol est la paume, les 3 doigts sont les 3 acides gras.
Premier concept : dans une bouteille fermée, les mains à 3 doigts restent libres en « monomère » ; l’huile reste liquide même 20 ans..Par contre à l’air, l’oxygène va pouvoir servir d’ambassadeur et va commencer à lier les mains 2 à 2 : ce sont des dimères ; puis 3 à 3, ce sont des trimères ; puis toutes les mains ensemble : voilà le polymère formé et l’huile ainsi durcie main-oxygene-main-oxygène…. Donc l’huile ne « sèche » pas, mais elle polymérise. Autre figure : les wagons d’un train : séparés ce sont les monomères, reliés ce sont les polymères. Le polymère est un réseau tridimensionnel, chaque main pouvant etre attachée a la suivante via un, deux ou 3 doigts dans toutes les directions : on trouve parfois le nom de « linoxine » pour ce réseau.
Lorsque vous lavez l’huile, et avec du temps (semaines), de l’oxygène s’incorpore lentement et déjà durant les premiers jours de lavage apparaissent des dimères et des trimères évoqués plus haut : le lavage n’est donc pas un simple dégommage, c’est bien plus : c’est une préparation de l’huile à devenir siccative : l’huile est pré-polymérisée. On comprend donc que le séchage ou polymérisation de l’huile commence dans la bouteille, bien avant de peindre !!!>

Q.  TL.  je suis en train de consigner "au propre" mes expériences du week end passé avec la méthode de Tad. J'ai dû louper une étape ou choisir les mauvais produits (sable craie etc), car avec cette variante sable/craie/sel j'ai commencé avec 1/2 litre d'huile de lin et j'ai obtenu le quart à l'arrivée (même moins : 100ml), c'est beaucoup de pertes ou c'est habituel? Comme j'ai des photos à chaque stade, vous déduirez de mon blog ce que j'ai pu mal comprendre.

R G. Perte d’huile : toutefois oui, on peut perdre 30 % d’huile… c’est très difficilement évitable même en utilisant un décanteur (cette fiole de chimie ballonnée avec un orifice en entonnoir, ma photo). >

Où est cette huile perdue ?
1)    Lorsqu’on aspire par seringue, une partie de l’huile reste inaccessible au plus près du mucilage
2)    Dans le mucilage lui-même on peut observer des micro-gouttes d’huile prisonnière
Le volume n’est pas anodin.

C’est ce qui fait dire à certains auteurs que les anciens ne lavaient pas l’huile ! jamais un peintre du 17° siecle n’aurait gaspillé 30 % d’huile… On sait que c’est faux : ils traitaient leur huile.>

NB. Agitation de l’eau-huile : L’huile et l’eau ne se mélangent pas…Pour assurer une interaction il faut agiter FORTEMENT le mélange pour casser l’eau et l’huile en milliards de microgouttelettes qui vont former une émulsion. La mayonnaise et une émulsion eau-huile stabilisée par le jaune d’œuf. Dans notre cas, l’émulsion eau salée-huile dure a peine quelques secondes, puis les liquides se séparent…Avec l’éthanol, l’émulsion peut vivre une bonne heure.
C’est durant ces quelques secondes ou minutes que les échanges d’oxygène eau-huile sont le plus efficace.
Imaginez : au repos, dans une bouteille, la surface de contact eau-huile est égale à la surface délimitée par la bouteille : a peine disons 10 petits CENTIMETRES carrés.
Durant l’agitation, l’eau est fragmentée en milliards de gouttelettes ; on peut calculer (je l’ai fait, et des articles scientifiques le confirment) la surface d’une seule de ces microgoutelettes qui, multipliée par le nombre de gouttelettes, arrive a une surface d’échange eau-huile de…devinez ?..... TRENTE METRES carrés…voilà un beau terrain d’échanges ! et voilà la raison pour laquelle il faut agiter souvent, aussi longtemps que possible et  TRES FORT .
A la main c’est épuisant…mais faisable ; j’utilise souvent un agitateur magnétique pour agiter toute une nuit, ou même un mixer de ….cuisine pour quelques minutes intenses.>

 

Q. T. L. J'ai aussi adapté la dernière méthode qu'il suggère dans son updated pdf ci-joint, que vous avez peut être , c'est l"ethanol refining formula", que j'ai testée sur de l'huile de noix vppf; et là j'ai obtenu 50% de rendement. J'ai ajouté du sel puisque Tad semble dire que c'est le sel qui fait que l'huile sèche plus vite
 R. G. Attention, on ne mélange pas alcool et eau salée (le sel se dissout mal dans l'alcool et le mélange fonctionne mal) : donc il faut bien laver l'huile pour enlever l'alcool.Ma photo sur votre lien est un test après la 6°semaine de lavage eau-sel, sans éthanol ; au repos, et très doucement, j’ai fait couler un peu d’éthanol dans l’huile : il s’est stabilisé entre le mucilage et l’eau salée par un effet de densité différentiel ;: le mucilage a pu etre enlevé sans perte notable d’huile.>

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Q. T. L. Du peu que j'ai obtenu des deux tests, l'huile de lin sable/sel sèche vraiment vite, je dirais 20h; l'huile éthanol/sel  (mais de noix.. peut-on comparer?) 36h.  Observations d'une débutante (j'ai testé la prise sur un panneau peint en acrylique, vieux d'il y a cinq ans), il faut peut être une autre procédure.

R. G.  Lin et noix : oui il est normal que l’huile de noix « sèche » plus lentement, c’est là une de ses propriétés chimique ; l’autre étant son moindre « jaunissement », mais aussi une moins grande dureté.
Jaunissement : peu importe la couleur de l’huile au départ ; ce qui compte c’est sa teinte au séchage ! Vous pouvez avoir des huiles claires comme eau qui jaunissent dans le film de peinture après 2 ans, comme des huiles pâles qui restent pâles ; il ne faut pas confondre le vieillisement vers le jaune de l’huile et sa couleur initiale.>

Le test de séchage doit aussi se faire avec des pigments : on s’en f… un peu si l’huile sèche en 2 jours s’il faut 10 jours avec certains pigments…Le record est bien entendu avec le blanc de plomb qui peut sécher en une nuit.>

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Q. T. L.  je n'arrive à travailler sérieusement que quand  j’imagine que ça peut servir à d'autres :)

R. G.  Oui, idem, partager des découvertes...des idées...au fond un livre scientifique servirait: j'ai des contacts avec des peintres qui vivent sur des concepts erronés...j'en profite pour en citer un: "l'huile de noix est plus mauvaise que l'huile de lin parce qu'elle rancit plus vite" erreur très citée et ancrée ...oui c'est vrai ces huiles rancissent, et la noix plus vite que la lin..et alors ???? le ranciment des huiles est un problème alimentaire d'huile consommable , pas de peinture; l'huile rance est impropre à la consommation, voire dangereuse..c'est le phénomène par lequel l'huile s'oxyde, crèe de nouvelles molécules d'odeur âcre (par rapport à l'odeur "fleurie" de départ") et donne un mauvais gôut..c'est ce MEME phénomène qui mène les huiles siccatives a durcir par polymérisation. Autrement dit, TOUTES les huiles que l'on lave ou stocke ou traite pour peindre SONT des huiles RANCES, puisque leur polymérisation est initiée...fin de la discussion, mais convaincre les vieux peintres (ou jeunes) est une gageure. et donc l'huile de noix est aussi bonne que l'huile de lin s'il s'agit de peindre ! la notion de ranciment est superstition en peinture.>

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Q. T. L.  Je vais donc refaire le test avec 1/2 litre d'huile de lin vppf de Vigean ce week-end. Quelle procédure suggérez-vous? S'il faut laisser dans sel et eau pendant plusieurs semaines, c'est OK (je me donne fin octobre comme délai).

R. G.  Oui la meilleure procédure est très "17° siecle": du temps, de l'eau, du sel et de la lumière ; temps veut dire 6 à 8 semaines. Ne pas mettre de sel est une option possible; attention: sel de cuisine pur, pas de sel marin ni de gros sel routier contenant des tas de trucs...>

Beaucoup d'eau aussi: au moins une fois le volume d'huile, mais deux ou trois est mieux.... >

NB.  l'huile perdue est celle qui est prisonnière dans la mousse du mucilage; il est normal de perdre 25% d'huile au bout des 6 semaines... il faut aussi bien attendre la séparation huile /eau: j'attends 2 jours sans agitation avant de jeter l'eau ...>

Q. T. L.  J'ai aussi lu que vous insistiez en majuscules sur lumière (et pas soleil), ça me  rassure pour la suite, je peux imaginer tester jusqu'en octobre.

R. G.  Lumière naturelle suffit oui; tout va plus vite avec grand soleil, mais une lumière claire reste efficace; je lave mes huiles toute l'année. Ici aussi un mythe: "les ultra-violets initient la polymérisation ": c'est vrai, absolument; mais le verre de la fenêtre et de la bouteille arrêtent les ultra-violets !!! ça marche donc quand même avec la lumière visible... n'allez pas mettre votre huile sous lampe solaire : vous en dénatureriez la structure chimique, c'est trop puissant... (ça se discute)>

Q. T. L. Si j'ai bien compris je n'ai même presque pas besoin de l'éthanol pour mes huiles vvpf filtrées sur buvard de chez Vigean; puisqu'il y reste peu de mucilages?

R. G.  Oui, vous avez compris ....quoique l'éthanol ne fait pas de mal et peut augmenter le rendement d'élimination des tocophérols (la vitamine E naturelle dans l'huile et phospholipides tous deux anti-oxydants qu'il faut aussi éliminer)>

 Q. T. L.   En revanche, je me concentrerais sur la technique au sel et l'eau déminéralisée (à Nivelles, où j'habite, l'eau est hyperchlorée ET calcaire), en laissant tomber le sable. Cela éliminera les antioxydants et autres petits riens "non gommés" et cela entamera la polymérisation. Juste?

R. G.  Oui, pas besoin de sable ; j'utilise de l'eau déminéralisée pour batterie de voitures>

Q. T. L.  Si j'utilise l'aérateur d'aquarium simultanément, puis-je imaginer accélerer la procédure?

R. G.  Effectivement vous introduisez ainsi de l'oxygène et accélérez le vieillissement de l'huile; mais est-ce nécessaire ? Vous risquez d'avoir un stock d'huile qui finira par durcir trop vite dans la bouteille avant même d'être utilisée....>

Il est très préférable de laver l'huile classiquement et d'utiliser cette huile un a deux ans plus tard dans un médium à peindre (mais peut être utilisée tout de suite pour lier des pigments à l'huile pour ceux qui font leur peinture eux-mêmes).>

Q. T. L. Personnellement, ici et maintenant, je ne suis pas pressée; primo je peins plutôt à l'encaustique, ces recherches sont plutôt utiles pour le blog à venir; ensuite j'avais mis la pression début juillet pensant utiliser le soleil (héhé) de l'été belge pour poursuivre la clarification (été où je suis aussi disponible). Ce n'est qu'en lisant la doc mise de côté pour ce début juillet, que je me suis rendu compte que je n'exposerais pas l'huile au soleil le lendemain de mes débuts de tests, j'avais oublié qu'il y avait lavage avant. 

R. G.  En fait je lave dans un flacon transparent et la lumière est présente dès le premier jour: dégommage et clarification se font simultanément...>

Q. T. L.  Tant que vous avez du temps pour me répondre (et Tad aussi), je continue sur ma lancée de tests.  En attendant cette huile "'rembrandt" à la maison, je peux déjà tester des glacis sur bases d'émulsions (une nouveauté pour moi) et le putty de Tad avec mes premières huiles lavées et avec de la stand oil que j'ai en stock, j'imagine? Putty de Tad que je traduirais bien sur le blog par "gel de rembrandt" ou similaire, c'est un peu plus fun que "putty"

R. G.  Vous devriez essayer une émulsion dite "tempera grassa": 1 volume de jaune d'oeuf, un volume d'huile lavée, battre et peindre avec cette mayonnaise a raison d'un part de mayonaise avec une part de peinture à l'huile en tube du commerce, sur panneau de préférence...vous aurez une sorte de fresque à la Botticelli, sur laquelle ensuite et une fois sec on peut peindre à l'huile (sans oeuf).>

gel de rembrandt: ce n'est pas un "gel", et ces appelations, quoique plus "fun" , crèent des confusions chez les non initiés...mais j'aime bien.>

NB. L'huile aussi jaunit lorsque par exemple on en utilise trop:  trop d'huile par rapport au pigment "broyé" dedans...Dans le film de peinture, les pigments coulent au fond de l'huile qui surnage sur la toile et jaunit. Chaque pigment doit être "broyé" dans une quantité minimale d'huile;>

Ajouter de l'huile à la peinture à l'huile déjà riche en huile dans le tube est une hérésie; il faut utiliser un milieu , un médium , a base d'huile et d'autre chose: une résine, ou un "putty"..mais ne jamais ajouter de l'huile seule dans un but de diluer la peinture...ET si vous "broyez" vous meme vos couleurs, chaque pigment est calculé pour un rapport quantité de poudre/quantité d'huile donné.>

Utilisez de l'huile lavée, en quantité minimale, et ça ne jaunira pas, ou dans un siècle...>

Q. T. L. Si un débutant n'a pas d'huiles lavées, vous lui conseilleriez de commencer par quelle huile dans le putty?

R. G. Il ne faut pas jeter d'anathème sur ce qui existe; il est très simple d'acheter de l'huile de lin pour artiste prête a l'emploi, mais c'est évidemment l'hérésie totale.. ces huiles sont traitées par de la soude caustique (alkali) et représentent tout ce que rejette Tad... mais bon, oui il faut commencer par là.. et vite comprendre que pour le prix d'une petite bouteille vous avez un litre d'huile bio qui une fois lavée est 100 x meilleure...>

Q. T. L.  Entre parenthèses, j'aimerais comprendre pourquoi/comment l'ail a pu éclaircir l'huile à ce point lors de mes premiers tests d'huile de lin. Le résultat est aussi clair que l'huile de noix testée éthanol/sel week-end dernier. Au pif, j'avais écrasé les tranches d'ail du plat d'un couteau, me rappelant qu'un food scientist américain avait testé que s'y développait un enzyme particulier, rendant l'ail  plus digeste pour l'humain. Tant qu'à faire... Si vous avez une idée de chimiste sur l'effet de l'ail?  Pour ma part, je me place plutôt en droguiste ;)

Je n'utiliserais pas dans les faits cette technique testée un peu pour rire, j'imagine que l'ail aura soufré un peu l'huile?  J'en ai gardé pour évaluer, si jamais.
NB TL après deux semaines :  G. m’écrit que cette piste est illusoire, il a réalisé des tests qui démontrent que c’est l’éthanol qui avait eu cet effet, pas l’ail. Au contraire, à l’ail seul, l’huile séchait bien plus lentement que les autres. Nous avions imaginé que c’est le fait d’écraser du plat du couteau qui avait dégagé l’enzyme « séchant ». Raté ! Snif.>

Q. T. L.  . Après un mois sur un appui de fenêtre (août), certaines huiles se sont fort éclaircies (pas celles à la Velasquez). Je sais que ce n'est pas une indication de non jaunissement ultérieur, la meilleure preuve est que l'huile Vigean non traitée est la plus claire du lot.   Je vais recommencer un nouveau lot, cette fois sans comparatif, avec une seule technique pour mes deux litres restants. J'ai le souvenir d'une perte considérable avec la technique de nettoyage sable/craie ou même sable seul de Tad (en partant d'un demi litre, il me restait un cinquième d'huile "pure"). J'avais moins perdu avec éthanol seul et avec les essais un peu plus exotiques de Louis Velasquez. Je ne dois pas avoir utilisé le bon sable et la bonne craie. Tad déconseillait l'étape craie puisque j'ai de l'huile pure à la source. Une étape de moins. Quel sable précisément recommandez-vous? J'avais utilisé du sable du Rhin (que j'ai en jardinage).

R. G.  Personnellement je n'utilise jamais de sable; les éléments nécessaires sont l'eau et le sel (ou même sans sel, mais l'huile sèche alors moins vite). Le sable a un effet mécanique pour sombrer au fond du bocal en entraînant le mucilage; si déjà au départ vous n'avez pas de mucilage, ou très peu, le sable est inutile. Sinon oui, le sable du Rhin est bon, il doit être pré-lavé pour n'avoir que des grains propres et pas de poussières.>

Q. T. L.  pourquoi de la vodka, si je peux ajouter 50% d'eau de source dans de l'éthanol de droguerie? vu la différence de prix...

R. G.   ethanol de droguerie ? vous avez cela ? attention il faut de l'éthanol chimiquement pur, dilué dans l'eau certes, mais sans additif dénaturant.. c'est de l'alcool que l'on peut boire, pas de l'alcool dénaturé à l'éther ou à l'alcool méthylique:  sachant que les droguistes n'ont pas de licence de vente d'alcool, ça m'étonnerait que leur alcool dit "éthylique" soit buvable ! sinon les gens se précipiteraient pour le boire au lieu d'acheter de la vodka. Qu'est-il marqué sur la bouteille ? si alcool dénaturé c'est mauvais, raison pour laquelle Tad part de Vodka..j'ai pour ma part la chance de partir d'éthanol 100° de laboratoire :-)
la vodka doit être à 37-40 degrés d’alcool. l'huile doit être au dessus de l'alcool; si l'huile coule c'est que alcool trop concentré (cela arrive vers 45-50 degrés d'alcool) >

le lavage de l'huile à l'éthanol est aussi une option....on peut s'en passer.>

la recette originale du peintre Van Dyck était de battre deux jaunes d'oeufs dans un litre d'huile puis d'ajouter l'éthanol 37°... l'oeuf coagulé remplace le sable...très fun et très 17° siècle.>

Q. T. L. ma première technique perso était : huile au bain marie  avec de l'éthanol et de l'eau déminéralisée (+ des tranches d’ail écrasées du plat du couteau, mais j’ai compris qu’il ne fallait plus ajouter d’ail, qui est un mythe ET un apport de mucilage bien malvenu quand on essaye de se débarrasser des mucilages précisément) - 70°C pendant 1 heure. Pour vérifier l'absence d'eau, j'avais terminé en poêlon, à feu moyen, une minute.

R. G. 70 degrés: c'est presque le point d'ébullition de l'éthanol: choix raisonné ? en tous cas c'est parfait: l'éthanol chaud lave l'huile avec efficacité, l'eau chaude aussi, la pré-polymérisation de l'huile s'engage plus vite et l'huile sèche vite OK .>

Je crois comprendre que vous enlever ensuite toute l'eau par une ébullition courte avec votre poêlon: géniale idée en effet, mais faites très attention, cette étape est extrêmement dangereuse parce que les dernières gouttes d'eau s'évaporent avec de gros bouillons et peuvent faire éclabousser l'huile violemment: pour éviter cela, il faut constamment remuer l'huile à la spatule à ce passage dangereux . toujours utiliser un poelon très haut par rapport au niveau d'huile qui peut "mousser" comme du lait; thermomètre utile: ne pas dépasser 100-110 degrés °C. Cependant il n'est pas nécessaire d'enlever l'eau: vous pourriez arrêter l'expérience après l'heure à 70°C et laisser décanter ..récupérer l'huile le lendemain...>

Q. T. L.  Dans un précédent mail vous me disiez: "Je note dans votre premier lien une photo d’un bidon d’huile claire traînant à la cave depuis 3 ans : on dirait une huile de lin industrielle, raffinée à chaud : laissez tomber, pas bon pour peinture artistique malgré sa limpidité ; elle contient aussi très certainement des accélérateurs de séchage pour parquet…"  il s'agissait du début de ma page http://www.couleursdetoiles.be/120727clar_huile.htm.

Pourriez-vous expliciter? que se passerait-il dans une peinture, que ce soit en mélange pur avec des pigments ou en allongement d'une peinture en tube ou en mélange médium? Jaunissement? Si elle n'a pas jauni en plus de trois ans en bidon? Manque de tenue? Fragilité du film? Je vais finir par comprendre un jour.

R. G.  Les accélérateurs de séchage, ou siccatifs, sont utiles en peinture du bâtiment mais sont dangereux en art car ils provoquent des craquelures. Les siccatifs de Courtrai et les siccatifs flamands sont a déconseiller aussi: on doit trouver (et vous l'avez) un moyen d'accélérer naturellement les séchage de l'huile, sans additifs. En bidon, elle ne peut pas jaunir vu que il n'y a plus d'oxygène disponible sous le bouchon étanche...mais ouvrez et faite un test , après tout c'est peut être quand même une huile de qualité..mais on entre simplement dans le domaine de l'inconnu.>

Q. T. L. NB La troisième photo d'huile "du chalet" sur cette page page http://www.couleursdetoiles.be/120727clar_huile.htm, qui serait de l'huile d'olive selon mon mari: est-ce possible? peut elle s'éclaircir à ce point? avec tous ses antitoxydants naturels?

R. G. Toute huile peut s'éclaircir..et le temps (et lumière, mais le temps suffit) détruit les anti-oxydants: il n'y en a plus du tout dans cette huile... Maintenant, l'huile d'olive est non siccative: si vous faite un test de séchage, le film devrait rester liquide; si c'est de l'huile de tournesol, le film durcira en 15 jours. on entre aussi dans le domaine de l'inconnu: c'est votre choix d'utiliser des produits d'origine inconnue ou pas :-)>

Q. T. L. Jaunissement: finalement peu importe pour moi perso, je travaille bcp les couleurs terre de toute façon.

 R. G. je commence immédiatement par une idée qui vire au malentendu chez beaucoup de gens: le "jaunissement" de l'huile est un processus inévitable de toutes les huiles qui peu être plus ou moins important avec les dizaines d'années pour les bonnes huiles ou après seulement quelques mois avec des huiles moins bonnes. Mais de quoi parle-t-on ?>

On ne parle pas du léger jaunissement pâle qui donne cette extraordinaire luminosité chaude à l'huile, et qui tout compte fait n'est pas mal du tout puisqu'il confère au tableau qui vieillit un charmant aspect antique... Tant que les tons et couleurs ne sont pas fondamentalement touchés, que le blanc reste blanc, que les bleux ne virent pas au vert et que les bruns ne deviennent pas noirs , on peut accepter une certaine latitude. Mais nous parlons ici du véritable jaunissement qui détruit une œuvre, mêmes les vôtres qui utilisez des couleurs" terres" entre les verts et bruns rouges sans doute, subtilement différentes, mais qui s'uniformiseraient en une soupe brune suite à un jaunissement aggressif.>

Rg la recette originale du peintre Van Dyck était de battre deux jaunes d'oeufs dans un litre d'huile puis d'ajouter l'éthanol 37°... l'oeuf coagulé remplace le sable...très fun et très 17° siècle.>

TL. la recette de van dyck: ah, voilà l'origine de la nouvelle version de Louis Velasquez de http://www.calcitesunoil.com/, il utilise le blanc d'oeuf + psyllium + vodka ou gin, c'est sa dernière méthode qu'il appelle cso-gel
je l'ai testée mi juillet (avec fibres de lin), elle était plus tentante que celle de Tad vu que j'avais perdu bien moins d'huile; j'avais maintenu la température à 70°C après avoir lu cette limite maximum en test sur les sites de producteurs de biodiesel
mais bon, le personnage LV étant ce qu'il est, j'ai plus d'affinités avec la façon de s'exprimer de Tad
j'aime pourtant bien l'idée de sa technique homéopathique: rajouter des mucilages pour ôter les mucilages :)

voici mes notes de test, en route vers le blog aussi. Si ça peut vous intéresser... (NT: les notes se trouvent page 1)>

R. G. Je ne suis pas convaincu de l'apport du psyllium...peut être essayer sans... le blanc d'œuf a été utilisé comme agent coagulant qui nettoye l'huile de tous ses débris pendant la cuisson; c'est d'ailleurs un vieux truc de grand mère de jeter un blanc d'oeuf dans l'huile de friture pour la nettoyer un peu...>

Un truc qui m'a intéressé chez LV c'est sur son site l'usage plus ancien (Pachecco, maître de Vélasquez, l'autre, le vrai ) d'alcool et de fleurs de lavande. Les fleurs servent de "sable" pour épurer mécaniquement l'huile, mais aussi elles contiennet la "Spike Lavender oil" une essence très odorante et dont l'action dissolvante est surprenante (ça dissous le mastic, la sandaraque et certains copals, mieux que la thérébentine)...ça peut "laver" l'huile aussi...>

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