Couleurs d'étoiles

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Clarifier l'huile - tests septembre 2012 - Conversations avec X. page 2b

(retour page 2 des tests)
 

17.9  suite des conversations avec G. sur la chimie des huiles, le lavage/raffinage maison, etc.

voir page 2a

Q. T. L.  Je me suis intéressée aux huiles lavées d'abord via Louis Velasquez, dans le contexte de la peinture non-toxique pour les multisensibles comme moi (que j'appelle les canaris de la modernité). Comment peindre à l'huile sans solvants puisque ce sont eux les responsables de réactions chez les personnes fragiles? On peut, selon mon expérience, garder l'huile comme non-toxique (on peut laver les outils sans solvants, finalement), mais on devrait éliminer les résines, car je pense que toutes sont dissoutes dans des solvants. Les bien-portants comme vous et Tad (j'imagine) ne peuvent imaginer le degré de réactivité des "canaris". Je fais des réactions même au contact de la peau avec de la  pva...  mais la plupart des réactions sont décalées dans le temps et se marquent par maux de tête, sautes d'humeur, indigestions…

C'est dans ce contexte aussi que j'ai investigué les émulsions huile, très utiles pour les couches de fond.  Pour les glacis finaux, je pensais que cette huile lavée intégrée dans un putty nous permettrait de nous passer des résines. Je ne suis pas encore là dans mes tests...

R. G. vous entrez dans un monde difficile à expliquer en deux mots... Les solvants, dont l'essence de térébenthine est le plus utilisé (je dis essence, car la vraie térébenthine est déjà une résine mielleuse),  et l'essence d aspic de lavande qui est le second préféré (et le mien)  des anciens peintres, sont très allergisants chez certaines personnes. Ce sont aussi des produits très dangereux lorsqu'ils sont inhalés à longueur de journée. Donc oui peaux sensibles (ou poumons !!!! ) s'abstenir de solvants. 

La sandaraque, le mastic,  le copal de madagsacar, le dammar sont solubles dans l'essence d'aspic ou de térébenthine (la sandaraque que dans l'aspic); l'ambre, le copal dur de madagascar ou du congo ne sont solubles qu'a très haute température (on parle de 350°C) directement dans l'huile (et secondairement dans les essences).. On ne doit pas les éliminer si on désire une certaine rhéologie du médium, une consistance particulière....  C'est une première ligne de conduite... L'autre ligne consiste effectivement à s'en passer et a chercher d'autres moyens, c'est le chemin de Tad (qui cependant introduit parfois des résines en faible quantité).

Q. T. L. Vous me donnerez peut-être la réponse à une des mes interrogations chez Tad : puisque je dois éviter les solvants avec les résines, je pourrais utiliser la chaleur à la place (chaleur contrôlée, bien sûr, les vapeurs sont aussi toxiques pour moi et mes camarades « canaris ») , càd faire fondre les cristaux de dammar (martelés au préalable) dans de l'huile à 70°C. Je n'utilise qu'une résine pour l'instant, pour simplifier les paramètres ; j'ai choisi le dammar car il est privilégié dans le medium de peinture à l'encaustique pour solidifier la couche picturale à base de cire d'abeilles. Je commence à le connaître. Ma question à Tad était : est-ce grave si, dans ce cas, je ne peux pas décirer le dammar ?

R. G. Le glacis avec résine est une voie royale; mais on peut glacer uniquement à l'huile ou avec un mélange d'huile de consistance diverses bien sur: une huile polymérisée comme la stand oil est a en fait un caractère de vernis comme une résine.

Q. T. L. quelle bonne nouvelle! je pourrais peut être souffler une partie de mon huile lavée à l'aérateur et à la lumière, en récipient ouvert, à très faible chaleur (radiateur en hiver), en vue de polymériser pour arriver à une viscosité proche de la stand oil. Elle ferait peut-être le même effet vernis ?

Comment procéder pour que mes huiles ne jaunissent pas en bouteille comme celles que je vois sur la page

http://www.dotapea.com/cuisinedeshuiles.htm (photo qui apparaît sous le texte " Au-delà de deux ou trois ans, attention, le résultat est désastreux !") ?
R. G. une huile qui reste bien enfermée dans une bouteille pleine a ras bord reste très claire et très liquide; j'ai une huile de 5 ans lavée, pareille au premier jour... Merrifields décrit un peintre qui utilisa de l'huile vieille de 28 ans...  Dans la bouteille 3 ans, elle est à moitié vide et de l'air agit.... elle devient ambrée en se polymérisant c'est normal, mais elle sèchera probablement complètement transparente...En fait Tad et moi (et d'autres) faisons vieillir de l'huile artificiellement en la chauffant par exemple 4 heures à 150 degrés (attention, c'est très dangereux à réaliser): elle acquiert du corps et devient ambrée comme cette huile qui a mis 3 ans pour devenir pareille... Tad décrit des tas d'huile de cette façon.

NTL. à ne faire qu'avec un thermomètre fiable (j'utilise un thermomètre à laser) et dans des conditions de concentration mentale totales, sans quitter la proximité de la pièce; dans mon cas, je comptais le faire lors de mon après-midi de cuisine hebdomadaire, lors de laquelle je prépare toutes mes bases pour la semaine histoire d'être tranquille. Je suis au coin du feu pendant trois heures de toute façon pour mon bouillon de poule etc


Q. TL. Merci, c'est la prochaine étape de mes tests, après le lavage (les cuissons « de polymérisation », va-t-on dire ?).  Je procède pas-à-pas dans ce nouveau domaine.

R. G. Vous pouvez aussi en laisser traîner dans une assiette (1 petit centimètre d'épaisseur) a la lumière très longtemps en remuant chaque jour pour éviter que la peau ne se forme: cette huile deviendra comme de la sun oil, mais sans vrai soleil: c'est la studio oil de Tad.. Dizaines de recettes, d'autres encore meilleures au plomb, mais qui s'écartent de la philo ecolo....ce qui est a mon sens absurde en ce cas précis mais bon.

Q. T. L. Dans un de mes anciens mails à Tad, j'écrivais que je n'utilise pas le plomb pour des raisons de toxicité (je m'expliquerai dans un autre billet), mais bien parce que je redoute la réactivité avec certains pigments soufrés. Que pensez-vous d'ailleurs de cette crainte, que je dérive de mes lectures de  dotapea ?  J'avais acheté le livre de Claude Yvel et j'étais fort tentée par son huile noire avant de découvrir Tad. J'avais acheté un peu de litharge chez Le Lion il y a quelques années, je pourrais tester un de ces quatre si vous me confirmez que ça ne me compliquera pas le choix des pigments…
R. G. Les pigments soufrés dont vous parlez sont par exemple le rouge vermillon AUTHENTIQUE à base de mercure et de soufre, qui effectivement noirci avec le plomb; mais peu de personnes aujourd'hui possèdent ce pigment rare: le vermillon actuel des "amateurs" est un pigment de synthèse qui n'a rien a voir avec l'original; par ailleurs l'emploi de résine  de type damar ou copal isole les pigments les uns des autres et ce problème n'existe pratiquement plus. Le plomb est omniprésent dans les huiles des vieux maîtres; et reste présent dans le blanc de plomb, un blanc absolument incontournable dans l'art de la peinture;

L'huile noire:  l'huile noire est de l'huile cuite en présence de blanc de plomb et de litharge (oxyde de plomb) et qui devient noir café dès que 250°C sont atteints: c'est une huile mythique qui en mélange avec de la résine mastic de Chios  préalablement dissoute dans la térébenthine donne un gel: le gel de Maroger (qui n'a rien inventé) ou gel des anglais, ou megilp... Il  y a une polémique là-dessus qui va au-delà de votre blog... Ne jouez pas a cela sans une solide expérience préalable. (N TL : La production maison de ces huiles cuites est excessivement dangereuse).

Il ne faut pas se contenter de laver de l'huile, il faut en transformer par divers moyens justement pour avoir des huiles de consistances diverses et obtenir des milieux sans résines mais qui se comportent comme si il y en avait....
Voir chez Tad :
unsunoil
studio oil
eminent oil (N. T. L. attention : procédé excessivement dangereux)
4:150 oil (N. T. L. attention : procédé dangereux)    

Q. T.L. J'ai lu attentivement le livre de Tad, j'ai capté ce que j'ai pu à ce stade de mes apprentissages, je l'utiliserai encore de nombreuses années, c'est une encyclopédie ! Je n'ai fait qu'un petit test de sa studio oil à ma façon : après les tests de lavage de mi-juillet (les autres huiles s'éclaircissant à la lumière dans des bocaux fermés), j'ai laissé un peu d'huile lavée dans un bol, à la lumière mais sans la remuer tous les jours car je ne suis pas tous les jours à l'atelier – j'ai laissé une peau se former, qui a eu le bon goût de capter les poussières et les mouches. Il y a une semaine, j'ai ôté cette peau. J'ai peint un test, sans ajout de pigment ou d'huile ou de dammar, à la suite de mes autres essais des huiles lavées (la toute dernière languette à droite page http://www.couleursdetoiles.be/120727clar_huile.html#31082012, mais on ne voit pas grand-chose, c'est juste un rappel pour moi-même). Texture : standoil, un peu poisseux, tire fort, bien sûr. Ça a mis plus longtemps à sécher que les autres huiles, mais aujourd'hui c'est un film brillant, pas nécessairement plus solide sous l'ongle que les autres.  Bientôt, je testerai 4 :150 et eminent oil. Dans ma prochaine commande chez Polymetaal, pour la gravure, j'ai  aussi inclus de la burnt plate oil #5 ; et j'ai de la silice fumée de chez Le Lion (sous le nom Cabosyl chez eux, je crois).  J'ai noté que la BPO ne jaunit pas, que la silice fumée en revanche fait jaunir les mediums où Tad les intègre. Les utilisez-vous aussi ?

R. G. oui j'utilise cabosyl 5 parfois: effectivement le gel est très beau avec l'huile lavée, mais il peut jaunir fortement: dosage vers le bas en mélange peinture.
(TL: j'ai ôté le paragraphe sur la pratique de l'eminent oil, retenez que c'est prodigieusement dangereux, forget!)

Il y a une huile au plomb fascinante et facile à faire:  la "unsun oil " de Tad (de la sun-oil sans soleil, jeux de mot intraduisible)

  • achetez dans un brico 10 cm carré de plomb de toiture (du vrai plomb pur, malheureusement en vente au mètre)

  • il doit être propre et peut être oxydé (un peu bleu-noir comme du vieux zinc), inutile (et dangereux, ne jamais faire) de le poncer à faire briller...

  • pliez les bords du carré de plomb pour en faire une assiette

  • déposez de l'huile lavée a raison d'un cm d'épaisseur..

  • laissez agir une semaine ou deux, dans une pièce éclairée, pas au soleil, selon le climat plus ou moins chaud.

  • l'huile va attaquer le plomb et bientôt vous verrez un dépôt blanchâtre se former...

  • agitez pour disperser de dépôt dans l'huile

  • de jour en jour l'huile va devenir visqueuse et s'opacifier: elle va devenir exactement comme du miel liquide, couleur et consistance....: c'est , véritablement, un savon au plomb !

  • lorsque l'huile sur assiette de plomb est bien épaisse (attention au bout d'un mois, ça devient visqueux a couper au couteau: à éviter), on la met dans une bouteille en verre ordinaire (sans ajout de nouveau plomb); le dépôt blanchâtre n'est plus visible: l'huile est vraiment mielleuse;  elle n'en sera que meilleure un an plus tard ;

  • un dépot blanc se formera avec le temps et au bout d'un an, l'huile sera toujours opaque mais un peu moins: ne pas mélanger la bouteille, le blanc doit rester au fond (c'est du carbonate de plomb en fait)

Oui oui, on peint avec  ça ! en mélange avec la peinture à l'huile en tube du commerce. Cette huile est extraordinaire en médium à peindre, elle glisse en glacis faciles.. et sèche parfaitement translucide comme eau. Précautions d'usage (gants) comme avec du blanc de plomb... (Rappel: toxique!).

Q. T. L. je suppose que la bouteille doit être en verre foncé et gardée en placard fermé? avec des cailloux ajoutés au fur et à mesure? pour qu'elle ne continue pas à travailler à la lumière et à l'oxygène? "cailloux": ou autre technique qui me permettrait de ne pas devoir changer de taille de bouteille régulièrement...

R. G. je la laisse en bouteille de verre clair parce que la lumière continue à la maintenir "blanche" (je veux dire anti-jaunissement car cette huile est brune caramel). Une huile à l'obscurité complète c'est pas super pour cette raison: les tableaux en façade nord ET mal éclairés jaunissent.  Les cailloux bonne idée...(que je ne fais pas non plus: je dilue avec autre huile si trop épais) sinon oui il faut éliminer un max d'air: une peau épaisse se forme sur cette huile

Q. T. L. J'utilise de l'eau "déminéralisée" que je récupère du séchoir à linge. Le fait qu'elle soit totalement dépourvue de minéraux ne la rend-il pas plus efficace comme agent lavant que l'eau de source? ou que la neige qu'utilisaient les Anciens?

R. G. la vraie déminéralisée c'est aussi pour avoir des expériences reproductibles, vu que c'est toujours la même eau et que les autres eaux fluctuent sans contrôle. Elle n'est certainement pas meilleure que l'eau de source qui serait par exemple ferrugineuse: le fer en ce cas est un initiateur de polymérisation .. mais c'est une bonne idée, sauf que je ne suis pas persuadé que vraiment aucune molécule de produits lessive n'y passe: en théorie non, mais en fait ? Aucun contrôle non plus.
La neige ce n'est pas (que) pour la qualité de l'eau , c'est pour le froid (et certains ions contenus dans la neige): voir Tad qui pratique cela avec une neige très froide: winterization.

R. T. L. Je vais continuer avec de l'eau déminéralisée pour batterie de voiture, alors. Vu l'énergie que prend ce procédé, on n'est pas à trois euros près.

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